Shiva-Samhitâ
Traduction et commentaires de C. TihomiroffLa Shiva-Samhitâ est un texte relativement récent dont l'auteur nous est inconnu. Complémentaire des autres classiques du Hatha-Yoga, à savoir la Hatha-Yoga-Prâdîpikâ, la Gheranda-Samhitâ et le Gorakshasatakam, ce texte traite plus particulièrement de l'aspect philosophique, du fondement métaphysique du Hatha-Yoga ainsi que de la structure subtile de l'être humain et des pratique s'adressant à ce corps énergétique et mental. C'est l'un des textes fondamentaux, pour ne pas dire le texte fondamental, du hatha-yoga et de ses dérivations tantriques.
La Shiva-Samhitâ décrit la trame et propose les moyens de pénétrer les formes secrètes de la matière, de l'Univers et de l'être humain. . Il propose également de s'infiltrer dans la nature intrinsèque du mental, dans l'écheveaux des pensées pour atteindre et dépasser la source de l'erreur: Avidyâ, l'ignorance.Ce texte se situe directement dans la lignée classique des textes hatha-yogiques, même si quelques colorations bouddhiste ou vedantine apparaissent. Il se différencie du Râja-yoga classique codifié par Patanjali par le fait qu'il donne une place secondaire au valeurs morales et vertueuses préférant considérer le monde, l'humain et les pratiques ascétique sous l'aspect de l'énergie. Dans cette optique les Yama et Niyama qui codifient le "à faire" et le "à ne pas faire", le bien et le mal, si chers à l'orthodoxie brahmanique et aux religions en général ne sont pas mentionnés.
Le sommaire suivant, détails tirés du texte lui-même, indique clairement le cheminement qu'a voulu suivre l'auteur.
Premier chapitre.
- La réalité.
- Différence des opinions sur les méthodes.
- Le Yoga comme méthode supérieure.
- Section sur le rite.
- Section sur la connaissance.
- La Conscience.
- Yoga et Mâyâ.
- La création.
- La résorption.Deuxième chapitre.
- Le microcosme.
- Kundalinî, nâdî et Cakra.
- La conscience individuelle incarnée.Troisième chapitre.
- Les énergies.
- Le Maître.
- Le renoncement.
- Les moyens.
- Le prânâyâma.
- Les pouvoirs du souffle.
- Ce qui s'immobilise.
- La connaissance.
- Sâdhana du souffle.
- Les postures.Quatrième chapitre.
Le réveil de kundalinî:
- Yonimudrâ.
- Mahâmudrâ.
- Mahâbandha.
- Mahâvedha.
- Khecharîmudrâ.
- Jâlandharabandha.
- Mûlabandha.
- Viparîtakaranîmudrâ.
- Uddîyânabandha.
- Vajronîmudrâ.
- Shaktichâlamudrâ.Cinquième chapitre.
- Les obstacles au Yoga:le plaisir, le ritualisme, la connaissance.
- Les quatre formes de Yoga.
- Les caractéristique du pratiquant: tiède, moyen, ardent, très ardent.
- Les mystères de l'ombre.
- Le son intérieur.
- Dhâranâ.
- Les sept Cakra: Mûlâdhâra, Svâdhisthâna, Manipûra, Anâhata, Vishuddha, Âjnâ, Sahasrâra.
- Le Brahmarandhra.
- Trivenî: le confluent.
- Chandra: la Lune.
- Râja-yoga: la voie royale.
- Râjâdhirâja-Yoga: le Yoga du Roi des Roi, celui de Shiva.
- Le mantra.La traduction.
La recherche a été celle du fond et non de la forme. De la même façon que le yogi soucieux de boire le nectar d'immortalité s'occupe fort peu du récipient, de la même façon ces "sages codificateurs" des enseignements oraux se sont souvent fort peu souciés de la qualité grammaticale de leurs traités. Leur but a été de semer ça et là des signes pouvant ouvrir les portes d'un enseignement direct pour le chercheur sincère et très ardent. Il n'a pas été d'être reconnu plus tard comme des modèles du genre sanskrit par les Docteurs en Études Orientales de la Sorbonne, ou d'ailleurs... Ils ont voulu léguer un enseignement pratique permettant de dépasser l'intellect ce qui est juste le contraire de la raison de vivre et d'exercer leur art de nos Maîtres Universitaires...
Cette traduction se veut libre de toute limitation de ce genre. Le seul respect qu'elle s'est attachée à maintenir est envers le fond et la rigueur des enseignement oraux.
Quelques commentaires succincts sont notés en italique. Ils ne sont que des Linga, des signes, disposés au gré des croisements ou des impasses.
Chapitre I
1) Il n'y a que la connaissance qui soit éternelle car elle n'a ni début ni fin.
Il s'agit de la connaissance absolue, non atteignable par les sens, l'intellect ou une quelconque activité mentale. Sa position en dehors du temps et de l'espace oblige le Yogin à trouver une méthode lui permettant de dépasser la limitation de sa structure matérielle et corporelle. C'est l'exposé systématique de cette méthode que se propose de faire la Shiva-Samhitâ.2) Il n'existe aucune autre réalité essentielle, bien qu'elle ne soit pas perçue dans notre monde à cause de la limitation des sens. Cette limitation n'apparaît qu'à celui qui a la connaissance et non aux autres.
La limitation des sens est la forme manifestée, à notre niveau, de la magie de Mâyâ. Le contrepoison est la connaissance3) C'est pourquoi, Moi, Îshvara, qui aime ceux qui suivent ma voie et qui accorde aux êtres vivants la libération de l'esprit, je vais expliquer les principes du Yoga. Ceci est pour l'affranchissement spirituel des êtres qui ne suivent que ma voie et qui laissent de côté les croyances de ceux qui passent leur temps à la controverse et qui répandent des opinions produisant la fausse connaissance.
Une des obsessions du Hatha-Yoga est la négation de l'intellect, instrument qui asservi l'être humain dans sa condition d'animal intelligent. Cet intellect est l'arme de prédilection qu'utilise Mâyâ pour enfermer le chercheur dans l'impasse de la raison et du calcul. Il est le doute et la certitude, deux qualité inutiles pour atteindre la connaissance mais sur lesquelles s'édifient les théories et le pathologies.4) Certains louent la vérité, d'autres l'ascèse et la pureté, d'autres encore la patience, d'autres enfin l'équanimité et la vertu.
5) D'autres louent la charité, d'autres les sacrifices aux ancêtres, d'autres encore l'action, d'autres enfin retiennent comme valeur absolue l'indifférence aux plaisirs du monde.
6) D'autres louent les devoirs du chef de famille, d'autres considèrent le sacrifice comme essentiel, à commencer par celui du feu.
7) Certains louent le Mantra-Yoga, d'autres les pèlerinages. En fait il est possible de montrer de multiples voies de salut.
Toutes ces méthodes entretiennent l'espoir, le conditionnement, l'implication dans le monde, la croyance dans la valeur des oeuvres bonnes ou mauvaises. C'est justement tout cela qui est le lien.8) En étant ainsi impliqué dans le monde, même ceux qui savent distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux tombent dans les griffes de la confusion, bien qu'ils soient purs.
9) Ceux qui suivent toutes ces voies commettent de bonnes et de mauvaises actions qui les font errer aveuglés dans ce monde, pris dans le cycle des naissances et des morts.
C'est l'action bonne ou mauvaise qui crée le karma. L'action étant inévitable pour tous les êtres vivants elle doit être vécu comme acte de pure énergie et non comme acte duel. Le bien et le mal enferrent l'humain dans la dualité.10) D'autres sages honorables, entièrement voués à la recherche de l'invisible, déclarent que les consciences sont multiples, éternelles et omniprésentes.
11) D'autres en vérité sont fermement convaincus qu'il n'existe que ce qui est perceptible par les sens et rien d'autre. Ils se demandent où sont le paradis et l'enfer.
12) D'autres encore croient que l'univers est un flux de conscience, d'autres que l'essence unique est le vide, d'autres que la réalité est une réplique parfaite de Prakriti et de Purusha.
13) Certains, ayant des opinions très diverses, entièrement détournés de la recherche suprême, d'après leurs propres expériences et ce qu'ils ont entendu, disent que cet univers existe sans Dieu,
14) Tandis que d'autres affirment, en se basant sur de bons arguments, que Dieu existe. En fait le doute est permis sur son existence à cause de la multitude des affirmations à son sujet.
15) Il est dit dans les écritures que tous ces gens et d'autres ascètes encore, appelés de différentes façons et enseignant d'autres théories, ont amené la confusion dans le mental des hommes.
16) Il n'est pas possible de se baser sur les opinions de ceux qui sont habitués à discuter sans fin à propos de toutes ces théories. C'est pourquoi tous les hommes errent ainsi dans le monde, se fourvoyant longtemps pour trouver le voie de la connaissance.
Du point de vue philosophique ou métaphysique on peut tout imaginer et tout croire. Cela est sans valeur et ne fait qu'entretenir la confusion. Celui qui dit par exemple: "Oui Dieu existe" l'affirme-t-il par conviction (besoin de penser qu'il existe), par croyance religieuse ou par expérience? Dans ce dernier cas l'a-t-il vraiment rencontré ailleurs que dans sa sphère d'illusion? Lui a-t-il parlé, a-t-il déjeuner avec lui sans équivoque? L'intellect, la raison, le mental sont capable d'échafauder les plus belles croyances pour dispenser de l'effort qui permet d'atteindre la Connaissance qui est au-delà d'eux. Le Yoga, voie éminemment pratique, dispense de toutes ces théorie car son but est d'amener la pratiquant au silence et à l'immobilité afin de mettre dans l'être entier la disponibilité nécessaire à la rencontre intérieure.17) La science du Yoga, unique méthode pour atteindre la connaissance, est née de l'examen de tous les Shastra et de la vision intérieure concentrée.
18) Le Yoga, une fois appris, procure une connaissance profonde de tout mais pour cela il faut s'en imprégner complètement afin de le maîtriser. Arrivé à ce niveau de maîtrise il n'est plus utile de connaître d'autres théories.
19) Nous allons enseigner cette science secrète du Yoga qui ne doit être révélée qu'à ceux qui se dévouent à cette recherche et dont le coeur est pur dans les trois mondes.
Karmakânda
Maintenant le Sage de la S.S. (Shiva-Samhitâ) explique la méthode classique prescrite par l'orthodoxie brahmanique.
20) On considère que le Veda est double et qu'il se divise en Karmakânda et en Jnânakânda. Tous deux se divisent également en deux parties.
21) Le Karmakânda est double: prescriptions et interdits.
22) Si l'on accomplit une action interdite on fait sans aucun doute une faute. Si l'on accomplit une action prescrite on acquière sans nul doute des mérites.
23) Les prescriptions fondamentales sont de trois sortes: obligatoire - occasionnelle - facultative. Si l'on n'accomplit pas ce qui est obligatoire on s'enfonce dans la confusion. Si l'on accomplit au moins ce qui est occasionnel ou facultatif on en obtient les fruits correspondants.
24) Il faut savoir que les fruits sont de deux sortes: ceux qui mènent au ciel et ceux qui mènent à l'enfer. Les uns et les autres sont à leur tour de différentes sortes.
25) L'action vertueuse mène au ciel, la mauvaise action en enfer. Il existe d'autres créations qui ne sont produites que par les liens du karman.
26) Dans le ciel les hommes éprouvent toute la palette des plaisirs. Par contre la peine et la souffrance sont le lot de ceux qui se fourvoient en enfer.
27) La conséquence d'une mauvaise action est la douleur, la conséquence d'une bonne action est la joie, c'est pourquoi celui qui désire atteindre avec certitude la félicité ne doit accomplir que des actes purs.
28) La conséquence des mauvaises actions est la renaissance dans le monde, mais il en est de même pour les bonnes actions.
Ceci illustre ce que nous disions tout-à-l'heure: quand l'action est considérée sur le plan duel du bien et du mal elle engendre le karma qui lie l'être humain dans cette vie et dans les autres. Ce que nous considérons comme bonne action - qui ne peut être qu'un point de vue, le nôtre - produit des effets similaires à ce que nous considérons comme mauvaise action.29) Ainsi celui qui ne fait que des bonnes actions éprouve aussi de la souffrance car il aspire à atteindre un niveau plus élevé encore de béatitude. En fait il est sûr que tout ce qui précède n'est que souffrance.
30) Ceux qui ont codifié le Karman l'ont divisé en bonnes et mauvaises actions. La chaîne qui lie de plus en plus les consciences qui se sont incarnées dans les corps est faite d'actions pures et impures.
31) Celui qui ne désire le fruit de l'acte ni dans ce monde ni ailleurs renonce à la finalité de l'action, abandonne les injonctions dites obligatoires et occasionnelles et s'engage dans le chemin indiqué par le Yoga.
Jnânakânda
32) Quand le Yogi intelligent a pris conscience de l'importance du Karmakânda, il y renonce. Il doit abandonner les notions de bien et de mal et entrer dans la voie du Jnânakânda.
"L'importance" a un sens négatif. Tout autant que le ritualisme, l'attachement aux vertus culturelles écrase l'être humain dans le plan de la forme, rigidifie sa discrimination dans le filtre de l'ego. Tout ceci attise les sentiments, les humeurs et éloigne de la perception de la pure énergie.33) Les textes traditionnels affirment que l'on doit voir ou rechercher la Conscience même dans ce qui le cache. Ces textes doivent être étudiés avec ardeur parce qu'ils confèrent la libération et guident sur la voie de la connaissance.
34) Cet intellect qui dirige le comportement de l'homme vers la notion de bien et de mal, c'est Moi. Tout le monde composé d'être animés et d'être inanimé vient de Moi. Tout est une manifestation de Moi et tout se dissout en Moi. Je suis inséparable de ce monde et rien ne peut exister sans Moi.
35) Dans les innombrables puits pleins d'eau se reflètent les rayons du soleil, bien que le soleil soit unique et toujours identique. De la même façon que dans les puits se trouve l'essence absolue qui est aussi dans le soleil, ainsi en est-il aussi dans les êtres où est présente la même essence que dans la Conscience.
36) De la même façon dans le rêve l'imagination créatrice, bien qu'elle soit unique, crée une multitude de choses différentes. Pourtant au réveil elle redevient une. Ainsi en advient-il également de l'Univers qui est unique mais habillé de formes multiples.
37) Comme une corde peut être prise pour un serpent, ou la perle de l'huître pour de l'argent, ainsi tout ceci est la manifestation de la Conscience Suprême.
38) De la même façon que l'idée du serpent s'évanouit dès que l'on se rend compte qu'il s'agit d'une corde, cet univers fait d'illusions s'évanouit également quand on s'aperçoit que la trame de la réalité est la conscience.
Cet univers n'est pas irréel puisqu'il est Îshvara lui-même mais la perception que nous en avons est fausse. Cette fausse perception vient de la limitation et de la déformation sensorielle. L'intellect, le mental ne sont nourris que par ces erreurs de perception. Le concept qui s'en suit ne peut qu'être de la même nature: celle de l'erreur.39) Dès que l'on reconnaît l'huître, la fausse impression de l'argent s'en va. De même dès que l'on reconnaît la conscience la fausse idée du monde s'évanouit.
40) Comme un homme, dont la vue serait brouillée par des grains de sable, prend un bambou pour un serpent, ainsi faisons-nous aussi, selon le même principe d'erreur, quand nous voyons ce monde à travers la représentation habituelle et subjective de l'intellect.
41) Mais l'erreur s'évanouit quand nous reconnaissons la conscience, de la même façon qu'il n'y a plus de serpent quand on reconnaît la corde. Comme le jaune peut sembler être blanc quand on est sous l'effet d'une maladie oculaire, analogiquement la conscience et le monde peuvent sembler être identiques à cause de l'ignorance. Voilà la confusion délicate à éliminer.
Bien que la conscience, le monde, l'être humain et ses facultés de perception viennent d'Îshvara nous sommes dans l'incapacité de faire la discrimination qu'impose la vision des divers plan cosmique à travers la Connaissance. Mâyâ la magicienne nous leurre en nous faisant croire à la réalité de son tour d'illusionniste.42) Mais comme quand la maladie est finie le malade perçoit et reconnaît le blanc, ainsi en est-il quand l'ignorance est détruite parce que l'on arrive à saisir la conscience.
43) Comme une corde ne peut être un serpent dans le présent, ni n'a jamais pu l'être dans le passé et ne le sera jamais dans le futur, ainsi la conscience qui est pure, privée d'attribut, ne peut pas être prise pour ce monde. Voilà le grand paradoxe: la Conscience ne peut pas être prise pour le monde bien que le monde soit une émanation d'elle. Voilà le piège dans lequel tombe les humains.
44) Les sages, versées dans les Shastra, qui ont acquis la connaissance de l'Esprit, ont pu vérifier que les dieux, à commencer par Îshvara, naissent et meurent et qu'ils sont instables parce qu'assujettis à la mort.
Tout ce qui prend forme individuelle s'expose tôt ou tard à la destruction. Les dieux eux-mêmes ne saurait échapper à cette loi cosmique.45) Comme l'écume apparaît sur l'océan à cause du vent, ainsi le Samsâra qui est une incessante altération de tout, apparaît dans la conscience.
46) L'amalgame est toujours inévitable, la différence essentielle n'étant pas visible. Le fruit de cette erreur est l'apparition de la multiplicité.
47) Ce qui a été et ce qui doit être, ce qui a ou n'a pas de forme, tout ce monde se manifeste par la conscience suprême.
48) Les constructions de l'intellect produisent comme fruit la fausse connaissance qui est à la base de toutes les erreurs. Si la source de cette connaissance est une erreur comment ce monde peut-il avoir la réalité qu'on lui donne?
L'intellect est encore une fois montré comme l'ennemi...Cette obsession récurrente du Hatha-Yoga n'a de cesse que dans l'abandon au silence et à l'immobilité.49) Tout ce monde mobile et immobile est produit par la conscience. C'est pourquoi le sage se réfugie en elle quand il a renoncé à tout.
50) A l'image de l'espace qui empli l'intérieur et l'extérieur de la jarre, de la même façon la conscience pénètre l'intérieur et l'extérieur de toutes choses.
51) Comme l'espace qui ne se mélange pas avec les cinq éléments composant la matière, de même la conscience ne se confond en aucune façon avec les multiples choses.
52) Tout le monde, en commençant par Îshvara est imprégné entièrement de la Conscience qui est unité et plénitude sans aucune dualité et composée par Sat, Cit et ânanda.
53) C'est pourquoi la Conscience ne brille pas par autre chose qu'elle même. Sa lumière irradie d'elle-même car la nature de l'esprit est lumineuse.
Voir la "lumière" de la Conscience c'est atteindre la source de toutes choses.54) Puisqu'il n'existe dans la Conscience aucune limitation faisant référence au temps et à l'espace, elle est réellement le Tout.
55) Puisque la destruction ne s'applique qu'aux cinq éléments de la matière qui produisent l'erreur, il s'en suit que la Conscience est éternelle et qu'elle ne peut être détruite.
56) Puisqu'il n'existe rien au-delà de la Conscience, celle-ci est éternellement unique. Et puisque ce qui n'est pas la Conscience est irréel, il s'en suit qu'elle est la réalité ultime.
57) Dans le samsâra, qui est empreint d'ignorance, la félicité - qui n'est autre que la cessation de la douleur et qui est sans début ni fin - vient de la Connaissance. C'est pourquoi la Conscience est félicité.
58) Puisque l'ignorance, cause de l'Univers, est détruite par la Connaissance, il s'en suit que la Conscience est Connaissance et qu'elle est éternelle.
Etre (la Conscience) c'est connaître (la Connaissance). La Conscience est immobile et silencieuse. C'est pourquoi elle est au-delà du temps et de l'espace.59) L'univers, qui est la multiplicité, tire son origine du temps alors que la conscience est éternellement unique et étrangère à toute tentative de définition.
La Conscience est étrangère à toute tentative de définition, autant verbale que temporelle ou spatiale. Tout ce que l'on peut en dire est faux dès le départ.60) Tous les éléments (de la matière) sont détruits par l'usure du temps tandisque la conscience qui ne peut jamais être définie par des mots existe dans la parfaite non-dualité.
61) Ni l'espace, ni le vent, ni le feu, ni l'eau, ni la terre, ni la combinaison des uns et des autres ne sont parfait, pas même Ishvara. Il n'y a que la conscience qui soit parfaite.
62) Lorsque le Yogi a renoncé à tous ses désirs et qu'il a abandonné les chaînes du monde illusoire, il reconnaît alors en lui la conscience par l'intermédiaire du Soi.
Le renoncement au désir, qui implique l'être dans le temps et dans l'espace, ne signifie pas le renoncement à la jouissance. En effet la jouissance maintient dans la conscience de l'instant quelque soit l'objet de jouissance. La jouissance attache le jouisseur à la borne de l'instant présent, fumée insaisissable dans l'espace imaginaire éthéré du spectateur.63) Reconnue intérieurement grâce au Soi, la conscience qui est éternelle et qui a comme qualité la félicité, grâce à l'intensité provoquée par le samâdhi produit la jouissance dans l'être humain détaché de tout.
64) Il n'y a que Mâyâ qui soit la matrice de tout. Lorsqu'elle disparaît grâce à la prise de conscience de la réalité toutes les apparences disparaissent.
65) Celui qui comprend que tout ce monde n'est que l'oeuvre de Mâyâ n'éprouve plus de joie ni dans les richesses, ni dans la jouissance du corps, ni dans les plaisirs mondains.
66) Le monde nous apparaît sous trois aspects: ennemi, ami, indifférent. C'est ainsi et non pas autrement que se déroule la vie de chacun. On retrouve la même distinction d'ennemi, d'ami et d'indifférence dans tous les éléments de la nature.
Ces trois aspects sont une réalité universelle. Ils ignorent les appréciations personnelles et sentimentales, les opinions psycho-spirituelles qui veulent nous ancrer dans la dualité et l'illusion en nous faisant croire à un monde séparé entre bien et mal. Les termes ennemi, ami ou indifférent n'ont aucune résonance morale mais exprime une tendance de l'énergie qui détruit, construit, soutient ou ignore. L'homme s'approche d'une salade avec un sentiment ami. La salade le voit approché avec un sentiment ennemi. L'ordre du monde est respecté, il n'y a entre la salade et l'homme qu'un rapport de force entre leurs énergies.67) En fait la conscience, à travers la limitation corporelle, devient fils, père, mère, etc. Une fois que le Yogi a compris, grâce à la révélation intérieure, que tout l'univers et une oeuvre de Mâyâ, il doit détruire cette illusion qui ne produit que l'erreur et refuser les croyances fausses.
68) Quand l'être humain devient libre de toutes les limitations il peut se voir fait uniquement de connaissance et parfaitement pur.
Sa pureté n'est pas fonction des actes qu'ils croit bons mais quand par le retournement intérieur il atteint la Connaissance qui lui ouvre le chemin de la Conscience. L'acte extérieur ne peut permettre cela. C'est pourquoi tout acte extérieur - réputé bon ou mauvais - ne peut produire que l'enchaînement au Karma.69) Le Purusha crée les êtres par la puissance de sa volonté et c'est de là que naissent l'ignorance et l'erreur.
Icchâ qui, sur le plan humain, est la volonté personnelle, peut devenir volonté cosmique quand la vie se déroule dans le non-faire de l'acte70) Liés temporairement dans cette création le pur Brahman et l'ignorance s'accouplent. De cette union naît Brahmâ qui crée à son tour akâsha.
Prakriti, Shakti, Mâyâ sont ontologiquement ignorance dans leur formes dégradées et activités pures dans leurs aspects les plus hauts. La création est le fruit de cette union entre la Conscience Absolue et l'Energie. La mise en mouvement de cette union implique la dégradation de l'énergie qui va se diversifier, se segmentarisé, prenant ainsi au fur et à mesure des enveloppes de plus en plus épaisse jusqu'à recouvrir d'un voile opaque et inaltérable la conscience qui perdra jusqu'à la notion de son existence.71) De celui-ci vient le vent, du vent le feu, du feu l'eau, de l'eau la terre, telle est l'émanation.
Vient ensuite l'explication de la création et de la structure universelle et humaine.72) Le vent est créé par l'espace; le feu est créé par l'espace et le vente; l'eau est créée par l'espace, le vent et le feu; la terre est créée par l'espace, le vent, le feu et l'eau.
73) La qualité de l'espace est le son, celle du vent est le mouvement et le toucher, celle du feu est la forme, celle de l'eau est le goût, celle de la terre est l'odorat. Voilà la réalité.
74) On dit que l'espace a une qualité, que le vent en a deux, que le feu en a trois, que l'eau en a quatre et que la terre en a cinq: son, toucher, forme, goût et odeur. Voilà ce qu'ont dit les sages.
75 et 76) La forme est perceptible par l'oeil, l'odeur par le nez, le goût par la langue, le toucher par la peau, le son par l'oreille. Ceci est une certitude.
77) Tout ce monde composé d'être mobiles et immobiles vient de la Conscience. Que les apparences soient vraies ou fausse est une question de point de vue, par contre il est sûr que la conscience existe.
78) La terre devient subtile et disparaît dans l'eau, l'eau dans le feu, le feu dans l'air, l'air dans l'espace et l'espace s'évanouit dans l'ignorance qui elle-même disparaît dans l'Absolu.
79) Il existe deux énergies, vikshepa et âvaranâ qui sont illimitées et dont la forme est la béatitude. La grande Mâyâ, quand elle se présente sous son aspect non conscient, a trois qualités qui sont sattva, rajas et tamas.
80) Quand cette grande Mâyâ non consciente est animée par l'énergie âvaranâ, le monde des formes se manifeste par le pouvoir de l'énergie vikshepa.
81) Quand l'ignorance a un excès de tamas l'énergie se manifeste sous la forme de Durgâ ayant comme maître Îshvara. Quand c'est sattva qui domine la belle Lakshmî se manifeste ayant comme maître Vishnu.
82) Quand l'ignorance a en excès rajas c'est Sarasvatî qui agit ayant comme maître Brahmâ.
83) Tous les dieux sont dans la sphère de l'Absolu. Mais les corps, la matière inanimée, et tout le reste sont dans la sphère de l'ignorance.
84) C'est de cette façon que les sages ont décrit l'origine de l'univers. Tattva et attatva apparaissent-ils ainsi de différentes manières.
85) Toute chose apparaît comme objet de connaissance et la différence réside uniquement dans les mots et les noms qui les définissent et pas ailleurs.
86) En fait rien n'existe à part l'Absolu qui crée l'apparence. On croit que les choses ont une réalité parce qu'elles ont une forme qui semble réelle.
87) L'Absolu, qui n'est que béatitude et plénitude, origine de toutes choses, est le seul à exister. Celui qui arrive à rester constamment dans cette perception est libéré de la mort, du samsâra et de la souffrance.
88) Quand on a pris conscience de l'état illusoire des perceptions et que toute croyance fausse a été éliminée, alors tout se dissout et il ne reste plus que l'Absolu. Plus rien d'autre ne peut émaner des pensées.
89) La conscience se réincarne, en accord avec les traces des vies passées, dans un corps physique issu d'un père. Les sages considèrent que ce superbe corps est fait de douleur parce que la conscience doit y expérimenter ce qui n'a pas encore été fait dans le passé.
90) Ce temple fait de jouissance et de souffrance, de chair, d'os, de tendons, etc., parcouru par tout un réseau de veines, existe en fait pour jouir de la souffrance.
91) Ce corps, issu du merveilleux Brahmâ, composé des cinq éléments, que l'on appelle oeuf de Brahmâ, sert à expérimenter la souffrance et la joie.
92) Bindu est Shiva, Rajas est Shakti. De l'union de cette conscience immobile et de cette énergie naissent spontanément toutes les créatures.
93) Tous les innombrables objets visibles qui sont dans le monde sont le fruit du mélange des cinq éléments. Sous l'effet du karma la conscience incarnée se trouve prise en eux. Tout dérive des cinq éléments et le jîva est condamné à jouir des fruits de leurs actions.
94) C'est Moi qui détermine l'union du jîva et du corps en accord avec le karma passé. La conscience individuelle n'est pas limitée et avec le corps matériel elle expérimente les conséquences des actes.
95) La conscience individuelle (jîva) qui est liée à l'enchaînement de la matière par l'effet de son propre karma est nommée de différentes façons. Ainsi on se réincarne dans le monde sous l'effet du pouvoir de Brahmâ afin de trouver l'expérience dans l'action.
96) Quand la conscience individuelle a épuisé les potentialités de son karma elle peut se dissoudre dans l'Absolu.
Chapitre II
Le microcosme
1) Dans ce corps se trouve le Mont Méru entouré par 7 îles. Là sont 7 fleuves, des mers, des montagnes, des champs et des propriétaires des champs.
Il s'agit là d'une image classique décrivant le corps humain. Le mont Méru qui est l'axe du monde est, dans le corps humain, la colonne vertébrale.2) Il y a des Rishi et des Muni, toutes les étoiles et les planètes, les lieux sacrés et les lieux Saints, ainsi que leurs divinités.
Les sages, les dieux et les déesses ainsi que les étoiles et les planètes peuples les Cakra.3) Ici se meuvent le soleil et la lune qui produisent création et destruction. Il y a ici l'espace cosmique, l'air, le feu, l'eau et la terre.
La lune et le soleil sont le plus souvent les nâdî Idâ et Pingalâ. Les éléments qui suivent sont dans les Cakra à partir du centre de la gorge.4) L'ensemble des éléments qui se trouvent dans les 3 mondes sont également dans le corps. Entourant le Mont Méru ils accomplissent leurs fonctions.
5) Celui qui connaît tout cela est sûrement un vrai Yogin.
Connaître cela revient à connaître le microcosme, ce qui est l'axe principal de la recherche du Yoga.6) Au sommet du Mont Meru , dans ce corps nommé "Oeuf de Brahmâ". se trouve celle qui mesure 8 Kalâ et qui distille le nectar.
C'est la lune qui se trouve à ce sommet.7) Celle-ci tourne sa face vers le bas et distille jour et nuit son ambroisie. Cette ambroisie se divise ensuite en deux parties subtiles:
Cette ambroisie rend l'être humain immortel tant qu'elle n'est pas épuisé. Jusqu'à la consommation de cette dernière goutte il n'est pas possible de quitter cette vie. Reliée aux souffles cette ambroisie en détermine le nombre que chacun aura à en faire. Inversement le ralentissement des respirations implique une consommation ralentie de ce nectar. D'autres moyens, particulièrement des bandha et des mudrâ, servent à économiser ce nectar afin de prolonger la vie. Cette prolongation a pour but de donner un peu plus de temps afin d'atteindre la délivrance dans cette vie même: nous sommes ici au coeur d'un mythe et d'une obsession hatha-yogique.8) Une nourrit le corps à travers le canal de gauche Idâ. Comme le fait l'eau du Gange descendant sur la terre, elle alimente sûrement tout le corps en parcourant Idâ.
Quand la lune alimente l'être de nectar, le canal de gauche vient souvent s'appeler Gangâ ou Mandâkinî.9) Cette ambroisie aux rayons de nectar se tient sur le côté gauche. L'autre partie de cette ambroisie, de couleur aussi blanche que le lait, coule de ce Cakra goutte à goutte et, traversant le Mont Méru en passant par le canal central, devient une énergie créatrice.
Le Cakra dont il est question ici est, le plus souvent, Ajnâ.Traversant Sushumnâ en son centre, ce nectar se consume au contacte du Cakra du ventre. Cette combustion est aussi une alchimie qui transforme ce nectar en énergie créatrice qui remonte dans la voie de droite, Pingalâ.10) Le soleil, mesurant 12 kalâ, est situé à la base du Mont Méru. Prajâpati fait monter le fluide créateur des rayons solaires à travers le canal de droite.
Sur le plan vital, le soleil étend son influence jusqu'à la base de la colonne grâce au Cakra du ventre. Ce qui a fait dire à certains sages et qui l'a fait représenté quelques fois comme étant le départ du Mont Méru. En fait le soleil est aussi Pingalâ comme nous l'avons vu plus avant.11) Le feu dévore le nectar lunaire. Ainsi les sept constituants du corps se meuvent-ils dans le cercle du vent.
Il s'agit du feu du ventre. Quand ce nectar l'atteint il s'y brûle. Khecharî mudrâ sera une des armes favorites du Yogi pour éviter cela.12) Ce canal de droite, Pingalâ, est un autre aspect du soleil qui peut conférer le nirvâna. Ce dieu (le soleil), maître de la création et de la destruction, peut être actif en Pingalâ grâce à des conjugaisons favorables.
Certaines pratiques de remontée de l'énergie à travers Pingalâ ont la puissance de charmer Kundalî et d'en produire l'éveil tant convoité. Les conjugaisons favorables sont la connaissance juste des pratiqués enseignées par le Maître et pratiquées aux moments opportuns de la journée, des cycles solaire et lunaire.13) Il y a dans le corps humain 350 000 nâdî. Les principaux sont au nombre de 14:
14 et 15) Sushumnâ, Idâ, Pingalâ, gândhârî, hastijihvikâ, kuhû, sarasvatî, pûshâ, shamkhinî, payasvanî, vârunî, alambusâ, vihvodarî, yashasvinî. Les trois principaux nâdî sont: Sushumnâ, Idâ, Pingalâ.
16) Entre ceux-ci le plus important est Sushumnâ qui est adorée par les Yogi. Les autres nâdî ne sont actifs que par le soutien de Sushumnâ.
17) Ces trois nâdî ont leur ouverture tournée vers le bas et ressemblent à des tiges de lotus. Ils sont autour de la colonne vertébrale et renferment les énergies du soleil, de la lune et du feu.
Le soleil est dans Pingalâ, la lune dans Idâ et le feu dans Sushumnâ.18) Dans la partie la plus intime de ces trois nâdî se trouve citrâ, la préférée. Au coeur de citrâ se cache le très subtil Brahmarandhra.
19) Citrâ, étincelante de 5 couleurs, pure, coule au centre de Sushumnâ. Citrâ est la source des énergies corporelles et le coeur de Sushumnâ.
Citrâ est aussi nommée citrinî. A l'intérieur de Citrâ est la porte (brahmarandhra) qui ferme la voie divine. Cet accès est dans le svayambhûlinga qui se trouve au coeur du mûlâdhâra cakra. C'est autour de ce svayambhû que se tient endormie la terrible déesse. Son endormissement est celui du félin prêt à jaillir, soit pour détruire l'aventurier imbécile n'agissant pas selon les directives éternelles, soit pour s'engouffrer dans la voie divine pétrifiant la colonne en axe de foudre, pulvérisant toutes résistances vaines sur son passage.20) Dans citrâ se trouve un passage appelé "voie divine". Celui-ci confère la béatitude et l'immortalité. Le yogi qui le contemple sans cesse détruit son ignorance.
Contempler se passage oblige à s'approcher dangereusement de Kundalî. La pureté de coeur et la certitude absolue dans la voie sont indispensable pour que ce serpent redoutable ne produise plus son venin mortel mais le transforme en énergie de connaissance, de vie et d'immortalité.Mûlâdhâra
21) Juste deux doigt au-dessus de l'anus et deux en dessous du pénis, se trouve l'âdhâra qui mesure quatre doigts.
22) Au coeur de ce lotus appelé âdhâra se trouve le triangle de la superbe Yoni, dont l'existence est tenue secrète dans tous les Tantra.
Ce triangle de la Yoni est Kâmarûpa. C'est en lui que se tient le svayambhûlinga.23) Ici, brillante comme l'éclair et ressemblant à une liane, est la déesse suprême, Kundalî, enroulée trois fois et demi sur elle-même, immobile sur l'ouverture de la Sushumnâ.
Kundalinî est la gardienne du seuil, la garante des secrets. Nul ne peut s'y approcher ou a toucher sans risque s'il n'y a pas été préparé. La Shiva-Samhitâ va s'échiner, dans les deux derniers chapitres, à indiquer les modalités secrètes permettant d'y parvenir!24) Elle symbolise la forme de la force créatrice de l'univers, elle soutient éternellement l'activité de la création. Elle est la déesse de la parole qu'aucune parole ne peut décrire, elle est vénérée de toute éternité par les autres dieux.
25) Le nâdî Idâ qui se trouve sur le côté gauche tourne autour de Sushumnâ jusqu'à la narine droite.
Il s'agit là d'une erreur volontaire du narrateur, comme cela se fait fréquemment dans ce genre de texte, qui est destinée à tromper les apprentis du premier niveau. Ce genre d'erreur veut éliminer facilement les amateurs qui auraient, par inadvertance, connaissance de ce texte et qui, n'ayant pas reçu l'enseignement directe, se croiraient capables et habilités à en appliquer les techniques. Pour les niveaux plus subtils le texte ne perpétue pas d'erreur mais décrit des pratiques systématiquement incomplètes afin qu'elles soient inefficace entre les mains de non-initiés. Cette méthode est aussi fréquemment employée dans ce genre de textes (voir par exemple certains passages de la Hatha-Yoga-Pradîpikâ).26) Le nâdî Pingalâ qui se trouve sur le côté droit tourne autour de Sushumnâ jusqu'à la narine gauche.
27) Entre Idâ et Pingalâ se trouve enfin Sushumnâ. Les Yogi connaissent les 6 points de Sushumnâ dans lesquels se trouvent six forces et six lotus.
Il s'agit des 6 centres classiques de la base au front et de leurs prânavâyu.28) Cinq de ces points sont nommés de différentes manières. On doit les connaître précisément, tels qu'ils sont enseignés dans les textes.
29) D'autres nâdî, moins importants, naissent de Mûlâdhâra. Après avoir atteint certaines parties du corps telles la langue, le sexe, les yeux, les pieds, les dents, les oreilles, le ventre, les aisselles, les pouces, l'anus, le scrotum, ces nâdî retournent à leur point de départ.
La source des nâdî est le kanda, souvent situé dans l'ensemble formé par svâdhisthâna cakra et mûlâdhâra cakra.30) De ces nâdî en dérivent d'autres et ainsi de suite jusqu'à arriver à 350 000 nâdî dont chacun a un trajet et une fonction précise.
31) Ces nâdî, qui sont dans le corps et le remplissent, véhiculent les perceptions et guide les cheminements des souffles.
32) Le soleil, qui est au centre et qui mesure douze kalâ, se trouve dans la région du ventre. Il est comme une flamme qui brûle et digère la nourriture. Ce feu universel, qui est une partie de ma propre énergie, se trouve dans tous les corps pour digérer les nourritures de toutes les créatures.
Il s'agit de toutes les formes de nourritures, physiques, énergétiques, invisibles.33) Ce feu vital, qui produit la force et qui soutient, remplit le corps d'énergie étant ainsi à l'origine de la destruction des maladies.
Il est classique de considérer le Cakra du ventre comme celui de la guérison. D'ailleurs le vieux Rudra s'y trouve, remplissant la fonction de "médecin".34) C'est pourquoi le Yogi plein de sagesse, après avoir attisé le feu nommé vaishvânara selon la méthode prescrite, offre chaque jour la nourriture en sacrifier selon les instructions de son Maître.
Cette énergie vaishvânara est assimilée, dans le centre du ventre, à Shiva/Agni. C'est celle que tout le monde possède, tant que le corps est en bonne santé.35) Le corps, appelé "Oeuf de Brahmâ", est composé d'une multitude de parties. Moi, j'ai énoncé dans ce texte celles qu'il faut connaître.
36) Les différentes parties du corps humain portent des noms si variés qu'il n'est pas possible de toutes les énumérer.
Jîvâtman
37) Dans le corps, tel qu'il a été décrit, se trouve la Conscience incarnée, présente dans tous les lieux du corps, affublée d'un chapelet de désirs trompeurs et sans fin, ainsi que des liens produits par le karman.
Jîvâtman est prise au piège de la Nature. Désirs, causes et effets sont les attributs fatidiques de Prakriti qui n'a de cesse que de voiler le chemin de la liberté à la Conscience ainsi que de l'étourdir dans la mouvance incessante de ses tourbillons. L'immobilité du corps, du souffle, des énergies et des pensées, archétype même du Yogi défiant les lois de la Nature, est la seule chance pour retrouver dans ce brouhaha le contacte avec la conscience qui n'est dans son statut anthologique qu'immobilité.38) Cette Conscience, douée de qualités multiples, concernée par toutes les actions, jouit des différents karman accumulés durant les vies passées.
39) Tout ce que l'on peut voir dans le monde est affecté par le karman et chacun jouit de ce qui dérive de son propre karman.
40) Les désirs, les erreurs ou toutes autres choses qui produisent joie ou douleur viennent toutes du karman dans lequel la Conscience est liée.
Le karman est la loi de la nature. Sa cessation équivaut à sortir , à s'extraire du procédé implacable de la cause et de l'effet dans lequel est prise la Conscience. Joie et douleurs n'appartiennent pas à la conscience bien qu'elle les éprouve, mais à la Nature. La Conscience est Sat, Chit, Ananda, jouissance pure non qualifiée, dont le grand Nâda est l'expression sur le plan de l'univers manifesté. L'énergie, avant de se dégrader, est aussi jouissance pure à travers la vibration. de là vient l'obsession Tantrique de la jouissance qui permet au Yogi de se situer à côté de la joie et de la souffrance sans en expérimenter l'emprise. Joie et souffrance son une perversion du karman qui maintient ainsi l'être humain dans la sphère mentale de l'expérience duelle. La jouissance est au-delà du mental, donc de la dualité, du bien et du mal, par conséquent de la joie et de la souffrance. C'est ce qui fera dire sans faille au Tantrique, quoiqu'il arrive et sur n'importe quel sujet qu'on le questionne que tout est bien à sa place dans l'ordre des choses.41) Celui qui a accomplit des actions adéquates aux besoins de son évolution en tire profit dans cette vie. Recueillant donc la conséquence de ses expériences, il peut maintenant en jouir.
Les actions adéquates aux besoins de notre évolutions sont les expériences par lesquelles ont doit passer pour dépasser nos tendances et qu'il nous faut nous même choisir sans attendre qu'un sort favorable le fasse à notre place. Le Tantrique n'esquive pas l'expérience utile à son travail, il la provoque choisissant ainsi le moment et le lieu de la confrontation. Il n'entrevoit pas d'autres méthode que l'enfoncement même dans ce que l'on doit dépasser pour s'en libérer.42) Selon la puissance de son karman, l'homme est heureux ou en peine. Celui qui ne discrimine pas ses erreurs ne connaît jamais la paix et ne peut se défaire de son karman. Il n'existe pas d'autre réalité que le karman. Toutes les choses existantes en ce monde sont produites volontairement par le voile de Mâyâ.
C'est donc bien dans l'expérience elle-même que se trouve la solution. S'il y a karman à dépasser c'est bien dans ce qui compose le notre qu'il faut se frotter, et s'il y a immobilité à rejoindre c'est bien dans l'action et le mouvement que l'on y parviendra.43) De la même façon qu'au moment opportun toutes sortes de créatures naissent pour jouir de leur karman, ainsi en est-il aussi du Brahman qui est confondu avec la manifestation cosmique, par l'effet du karma et selon le même principe d'erreur qui fait prendre la perle de l'huître pour de l'argent.
44) L'erreur naît du désir; quant la Conscience Béatifique apparaît dans l'être humain, alors nous pouvons détruire le désir.
Bien qu'il soit le moteur même de la vie, le désir est aussi la cage. Le désir est la recherche du bonheur à travers ce qui nous est extérieur. La légende le dit: le créateur désira être deux, ainsi commença l'univers. Il accomplit son désir dans un élément extérieur. Le désir projette ailleurs et lie l'humain dans le processus du temps et de l'espace, donc de la cause et de l'effet, c'est-à-dire du karman. La jouissance par contre est une vibration dans l'ici et maintenant qui déconditionne l'homme du plan mental en le rivant à l'instant fugace et éternel d'une extase qui le rapproche et le relie à Ananda.45) Nous voyons surtout le personnel par la suite de cette illusion qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Il n'y a pas d'autres causes, je peux l'affirmer.
46) Quand se manifeste la Conscience Absolue, qui oeuvre dans la manifestation, alors l'erreur qui vient des perceptions sensorielles est anéantie. "La Conscience n'existe pas", telle est l'erreur qui ne permet pas de se libérer du samsâra.
47) Si l'on arrive à discriminer, l'erreur s'évanouit. Dans le cas contraire, cette erreur ne disparaît pas et l'on continue à prendre pour de l'argent ce qui n'en est pas.
Nous vivons dans le mirage constant de ce que nous croyons voir. Les apparences nourrissent grassement le mental qui n'utilise qu'elles comme référence. Son fonctionnement est si rapide et incessant qu'il est impossible de ne pas les utiliser comme première valeur de jugement ou d'appréciation. Des ces apparences nous déduisons les causes et les effets, bouclant ainsi la boucle.48) Tant que ne surgit pas la Connaissance, les perceptions ne sont pas pures, et le monde apparaît sous des formes multiples et diverses.
49) Ce n'est que quand le corps, formé par les éléments du karman, devient le temple dans lequel on atteint le nirvâna, que le fait de posséder un corps est vraiment fructueux.
Sacraliser le corps est, pour le Tantrisme, la seule porte qui nous permette d'en faire un lieu de saint dans lequel on puisse contacter notre nature divine, ou qui puisse être un tremplin pour libérer la Conscience. Sacraliser le corps revient à modifier la nature même des éléments qui le compose et, par cette alchimie, dénaturer d'une telle façon le karman lui-même qu'il ne puisse plus être une entrave.50) Telle est la source du désir qui accompagne la Conscience incarnée, mais également l'égarement dont est victime l'être humain quand il veut se conformer à la notion des bonnes ou mauvaises actions.
Bonnes et mauvaises actions qui maintiennent, l'une et l'autre, l'humain dans la dualité prosternante et accablante du karman.51) Si le Yogin veut traverser l'océan du samsâra, il doit accomplir les devoirs de l'âshrama dans lequel il se trouve, tout en renonçant aux fruits des actions qu'il y accomplit.
A chaque saison ses fruits, comme à chaque âge de la vie ses activités. Ainsi les champ des expériences sera-t-il complet et vécu en profonde harmonie avec les énergies de chaque époque. Chaque âshrama permet d'explorer une partie des expériences utiles à la vie extérieure et à la vie intérieure et ainsi de s'en libérer. Ce n'est pas à 80 ans que l'on doit chercher l'accomplissement dans la sexualité ou dans les richesses, ni y renoncer d'ailleurs.52) Les hommes qui sont attachés aux objets sensoriels, qui sont désireux de tirer de ceux-ci uniquement du plaisir, qui gâchent par de vains discours leurs chances d'atteindre le nirvâna, se lient par leurs actions mêmes.
Il n'y a personne, à part nous-mêmes, qui soit responsable de notre vie, de ce qui nous arrive et de ce que nous en faisons. C'est notre attitude dans tout cela qui nous liera ou nous déliera, et non une quelconque raisons extérieure ou antérieure.53) Si quelqu'un voit le Soi par l'intermédiaire du soi, il ne peut plus rien voir d'autre dans le monde, et même sil transgresse ses devoirs, j'affirme qu'il ne commet aucune faute.
Les devoirs et les règles ne concernent que les êtres ordinaires baignant dans les méandres de la dualité. Celui qui voit la Réalité n'est plus concerné par la danse des éléments subalternes, quoiqu'il en fasse ou quoiqu'il fasse dans la ronde des mirages mondains formés par nos sociétés, nos religions ou nos constructions mentales.54) Ce n'est que grâce à la Connaissance que les désirs et tout le reste peuvent disparaître. Et quand les tattva ne voilent plus la Conscience, il y a vision de la Réalité.
Chapitre III
Le vâyu
1) Dans le coeur se trouve un lotus divin, orné d'un merveilleux linga possédant les vibrations des 12 phonèmes qui vont de ka à tha.
C'est Banalinga, la flèche qui atteint sa cible à tous les coups, harponnant la personne de tous les liens de l'ego et des émotions. Dans ce Linga se trouve le deuxième granthi, le noeud de Vishnu qui est le symbole de la force de conservation. Cette force de conservation agissant au coeur de la personnalité fait espérer, à tous les humains, une continuité de ce qu'ils sont et de ce qui leur arrive. C'est l'espoir, l'attachement aux choses et aux êtres que l'on aime, le souhait de ne jamais les perdre.2) Le prâna, uni à l'ego, se trouve ici, accompagné des désirs intenses et de son karman sans commencement.
C'est dans le coeur que se trouve la Conscience Incarnée avec ses tendances énergétiques et la somme de ses actes anciens remontant aux débuts des temps. "Le prâna uni à l'ego" laisse entrevoir que l'immobilité du souffle peut amener l'immobilité de la pensée personnelle.3) De la modification des qualités du prâna viennent les noms différents qu'on lui donne: on ne peut tous les énumérer.
4) Prâna, apâna, samâna, udâna et vyâna sont les cinq premiers. On rajoute nâga, kûrma, krikara, devadatta, dhananjaya,
5) pour obtenir les dix noms principaux que je vais mentionner dans ce texte. Ceux-ci adaptent les mouvements de leurs fonctions aux activités respectives de chacun d'entre eux.
6) Entre ces dix souffles cinq ont une importance majeure. Entre ces cinq souffles deux sont essentiels: ce sont prâna et apâna.
Ces deux souffles ont des cours opposés. L'un tire vers le haut, la légèreté, la pensée, l'intérieur - c'est prâna - l'autre vers le bas, l'inertie, la matière, l'extérieur - c'est apâna. Si le yogi arrive à réunir et à immobiliser suffisamment longtemps ces deux forces, l'explosion qui en suModern_ut être de nature à libérer le courant ascensionnel et à produire l'éveil de Kundalinî.7) Prâna se tient dans le coeur et apâna dans l'anus. Samâna est dans le ventre, udâna dans la gorge et vyâna dans tout le corps.
8) Les cinq autres souffles, en commençant par nâga, agissent sur le corps en provoquant le vomissement, l'ouverture des yeux, la faim, la soif, le bâillement et enfin le hoquet.
9) Celui qui grâce à eux arrive à connaître le microcosme ne commet plus d'erreur et atteint un état de connaissance élevé.
10) Maintenant je vais indiquer très directement comment on peut obtenir le succès dans le Yoga, en sachant que le yogi ne doit jamais mollir dans sa pratique du Yoga!
Le Maître
11) Il n'y a que la connaissance enseignée directement par un maître qui soit efficiente. Sans cela elle ne produit rien, elle est inefficace et carrément dangereuse.
La place du Maître ou de l'instructeur est centrale dans la voie tantrique. La puissance des pratiques justifie cela car cette puissance doit oeuvrer dans le vide intérieur afin de développer tout le potentiel supérieur du yogi. Sans cela le risque est important de voir ces mêmes pratiques fortifier l'intellect, l'imaginaire et la personnalité, ce qui aboutit à l'opposé du but.12) Grâce à sa relation très engagée auprès de son Maître, celui qui s'investit complètement dans la recherche de la connaissance en obtient les fruits.
13) Il faut servir le Maître sous toutes les formes possible, par l'action, par la pensée et par la parole car il est en fait pour le disciple en même temps son père, sa mère et l'incarnation de Dieu.
Le Maître devient la référence absolue, ce qui est le moyen le plus sûr d'éliminer les doutes et les questionnements. Le disciple devient une offrande vivante, ce qui lui assure d'éviter l'écueil de l'ego.14) Grâce aux pouvoirs du Maître on obtient tout ce qui est bon pour notre propre évolution, c'est pourquoi il faut l'honorer avec ferveur. Sans cela tout devient aléatoire.
15) Pour rendre hommage au Maître il faut d'abord faire trois fois la pradakshinâ et toucher avec la main droite ses pieds de lotus.
Les conditions pour réussir
16) Ceux qui ont acquis la maîtrise intérieure, qui ont éliminé tous les doutes, obtiennent sûrement le succès, tandis que les autres non. Voilà pourquoi on doit pratiquer avec une intense ardeur le Yoga.
Maîtriser les forces intérieures et ne pas connaître le doute sont deux éléments décisifs qui reviennent fréquemment.17) Ceux qui sont encore liés par les désirs, ceux qui n'ont pas confiance, ceux qui n'honorent pas leur Instructeur, ceux qui oeuvrent pour obtenir des avantages mondains, ceux qui mentent comme ils respirent, ceux qui font du mal même si ce n'est qu'en paroles, ceux qui ne font pas ce qu'il faut pour satisfaire le Maître (dans leur pratique), aucun de ceux-ci n'obtiennent le succès.
On pourrait dire différemment : "ceux qui ne sont pas tournés vers l'intérieur n'obtiennent pas le succès" car la liste ici donnée est une énumération de ce qui entraîne vers l'extérieur.18) La première condition pour obtenir le succès est la certitude que l'on peut atteindre la réalisation, la deuxième est la confiance en soi, la troisième est le respect du Maître, la quatrième est la conscience de l'unité universelle, la cinquième est le contrôle sensoriel, la sixième est la modération dans la nourriture. Il n'y a pas de septième condition.
Avoir la certitude absolue qu'il est inévitable d'atteindre les plus hauts niveaux dans cette vie même est l'élément le plus fort de toute la sâdhanâ du yogi, l'obsession qui emplit tous les sillons de l'intériorité. Cette certitude absolue est au-delà du personnel tant sa force récurrente doit imprégner chaque fibre du corps, chaque souffle, chaque espace de la pensée, chaque graine de conscience. Le non-doute vient après car il est déjà "un exercice de style" relevant de l'effort personnel. La purification dans la nourriture concerne tout ce que le yogi absorbe, qu'il s'agisse de nourriture physique, énergétique ou mentale.19) Le yogi qui a trouvé un instructeur expert dans l'enseignement du Yoga et qui a bien appris tout ce qu'il doit faire, se met à pratiquer le Yoga avec humilité et ferveur tout en restant très attentif aux instructions du Maître.
20) Il se retire alors dans sa pièce, s'assoit confortablement sur son siège dans la posture du lotus et pratique le prânâyâma.
Le prânâyâma
21) Le yogi doit d'abord maintenir son corps droit avec fermeté. Les mains en anjali-mudrâ il doit s'incliner vers le Maître, puis saluer à droite Ganesha, celui qui ôte les obstacles, et s'incliner à gauche pour saluer les gardiens du monde et Ambikâ.
Ambikâ est la Déesse, un des aspects de la Shakti.22) Ensuite il doit fermer avec le pouce pingalâ, inspirer l'air par idâ et le retenir le plus longtemps possible. Enfin il expire par pingalâ lentement et avec douceur.
23) Et de nouveau il inspire par pingalâ, retient l'air le plus longtemps possible, puis expire par idâ, sans forcer, tout doucement.
L'auteur décrit la pratique de nâdî-shodhana avec rétentions de souffle excessivement prolongées.24) En suivant cette technique unique du Yoga il faut faire 20 kumbhaka chaque jour, avec une fermeté absolue en étant intérieurement immobile.
Un cycle fait 20 rétentions de souffle de plusieurs minutes chacune. Fermeté et immobilité intérieures sont requises. Durant chaque rétention un travail spécifique de purification de nâdî doit être effectué.25) On doit faire quatre séries de ces kumbhaka à quatre moments de la journée: à l'aube, à midi, au crépuscule et à minuit.
26) Si l'on fait assidûment ainsi tous les jours pendant trois mois on obtient immédiatement la purification des nâdî.
Purifier les nâdî revient également à purifier les énergies qui y circulent et à rendre fluide leur écoulement. Les tendances intérieures véhiculées dans les nâdî par les énergies se trouvent à leur tour "nettoyées" et le yogi atteint la pureté stable.27) Quand ils sont purs, les nâdî permettent de percevoir la réalité. Alors le yogi voit beaucoup de ses défauts détruits et atteint le niveau que l'on nomme ârambha.
28) Quand les nâdî ont été purifiés on trouve dans le corps du yogi différents signes que je vais brièvement décrire:
29) Le corps de celui qui pratique ce prânâyâma devient harmonieux, il sent bon et devient beau. Dans tous les systèmes de Yoga il y a quatre niveaux de prânâyâma: ârambha, ghata, parichaya, nishpatti.
30) Ârambha a déjà été décrit. Nous allons maintenant décrire les autres niveaux et les avantages d'une parfaite fluidité des souffles vitaux: ils détruisent les souffrances dans lesquelles se noient les humains.
31) Le yogi a un bon appétit et une bonne digestion. Il est joyeux et la beauté émane de tout son être. Il a grand coeur, beaucoup de force et d'énergie. Voilà comme est le yogi qui a pratiqué.
32) Maintenant je vais décrire les obstacles au Yoga les plus importants. Ces obstacles doivent être évités par le yogi qui veut atteindre un état supérieur et dépasser le samsâra qui n'est qu'un océan de souffrance.
Ce qu'il faut éviter
33) Le yogi doit éviter avec détermination ce qui suit: les substances acides, astringentes et piquantes, le sel, la moutarde, ce qui est amer, trop marcher, les ablutions à l'aube, ce qui est frit dans l'huile, le vol, la violence, l'agressivité envers les gens, l'égoïsme, la tromperie, le jeûne, le mensonge, la compagnie permanente des femmes, le rituel avec le feu, trop parler aussi bien des choses plaisantes que déplaisantes, trop manger.
Les moyens
34) Je vais maintenant exposer le moyen par lequel on peut obtenir un succès rapide dans le yoga. Cette méthode doit être tenue secrète parce que les pratiquants atteignent le succès à coup sûr.
35) Le yogi fera toujours et uniquement ce qui suit: Il prendra du beurre clarifié, du lait, de la nourriture douce, du bétel nature, du camphre, des aliments doux, sans peau. Il s'installera dans une jolie pièce ayant une petite porte. Il écoutera des paroles qui sonnent juste. Il accomplira avec détachement ses devoirs de chef de famille. Il répétera sans cesse le nom de Vishnu. Il écoutera les sons les plus subtils qui soient. Il cultivera en lui la fermeté, la patience et la pureté. Il pratiquera l'ascèse tout en étant modeste et humble. Il rendra hommage à son Maître.
36) C'est toujours quand le souffle passe dans le canal solaire que les yogi doivent se nourrir et quand il passe dans le canal lunaire qu'ils doivent se reposer.
37) Les yogi doivent pratiquer prânâyâma après avoir mangé et non quand ils ont faim. Pour cela il faut prendre du lait et du beurre clarifié.
38) Quand la pratique est bien installée il n'est plus besoin de se tenir à de telles limitations. Celui qui pratique prânâyâma doit manger peu mais souvent et au début s'exercer inlassablement aux kumbhaka.
39) Lorsque le yogi obtient le pouvoir recherché sur le souffle en ayant la capacité de le maîtriser à son gré, grâce à cela kumbhaka réussit. Si kumbhaka réussit complètement le yogi obtient le succès où il veut.
La maîtrise des "véritables rétentions" donne au yogi le pouvoir sur le souffle donc sur les énergies. A ce moment là il y a peu de domaines qui ne soient pas sous son pouvoir car tout relève de l'énergie.Premier niveau du prânâyâma
40) Au premier stade le corps du yogi commence à transpirer. Le yogi devrait se frotter avec la transpiration afin de garder ses dhâtu.
L'auteur indique les manifestations naturelles d'une pratique correcte du prânâyâma de façon à ce que le yogi ne s'inquiète pas et qu'il sache sûrement où il en est.
Deuxième et troisième niveau du prânâyâma
41) Dans le second stade du prânâyâma les tremblements apparaissent. Dans le troisième le pratiquant saute comme un daim, et lorsque la pratique est parfaite il entre en lévitation.
Vâyusiddhi
42) Quand le yogi, assis en padmâsana, quitte la terre et se meut dans les airs, on constate alors qu'il a acquis le vâyusiddhi qui fait passer au-delà de l'opacité du samsâra.
La lévitation n'est jamais recherchée, c'est le résultat normal de la pratique. Elle délimite un niveau à partir duquel la pratique change (le yogi peut se passer des prescriptions et des limitations du Yoga) et dans lequel le yogi obtient certains pouvoirs.43) Ainsi, jusqu'à ce moment, le pratiquant doit suivre les indications et les limitations prescrites dans le yoga. Il s'en suivra une diminution du sommeil, de l'urine et des excréments.
44) Le yogi qui perçoit ainsi la Réalité se libère de la maladie et de la tristesse; son odeur et sa salive ne sont plus désagréables et ses intestins sont purifiés.
La traduction littérale est: "Il n'a plus de vers intestinaux".45) Lorsqu'il n'y a plus d'augmentation de flegme, de vent ou de bile dans le corps du pratiquant, alors il peut de nouveau prendre de la nourriture comme il le veut.
La traduction littérale est "de façon irrégulière".46) Si le yogi mange trop peu, trop ou même pas du tout cela ne l'affecte plus. Grâce à sa pratique, il acquiert le pouvoir nommé bhûcarî, c'est-à-dire qu'il peut sauter comme le fait une grenouille quand l'on frappe dans ses mains.
47) Il y a énormément d'obstacles très durs et presque insurmontables mais le yogi doit continuer, même s'il a l'impression qu'il va mourir.
L'auteur ne laisse aucune échappatoire, les faibles et les timorés devront changer ou renoncer car certains passages sont aussi effrayants et vertigineux que des abîmes mortels. L'issue sera certainement heureuse pour celui qui saura garder fermeté, détermination, et une confiance aveugle dans la voie et dans son Maître.48) Pour détruire les obstacles, le pratiquant, ayant acquis la maîtrise de ses sens, devra se retirer dans un lieu calme et prononcer en permanence le son OM.
49) Grâce à la pratique du prânâyâma, le sage peut détruire les effets du karman issus des vies passées ou de la vie présente.
Encore et toujours cette même affirmation qui laisse entrevoir au yogi un espace de liberté inconcevable pour les membres du troupeau qu'il a quitté depuis longtemps. Toujours identique aux autres en apparence il a le pouvoir de défier et de transgresser les lois qui asservissent toujours ses anciens compagnons de galère.50) Grâce aux seize prânâyâma un vrai yogi peut annihiler les effets des actions méritoires ou des erreurs accumulés durant les vies précédentes.
Le texte ne parle pas des effets des actions, méritoires ou non, accumulés dans les vies précédentes du yogi mais parle en général. Selon un point de vue largement répandu dans les milieux du Hatha-Yoga les constituants qui viennent des vies antérieures sont des amalgames de maintes personnes qui se sont cristallisés pour former un nouveau "véhicule", celui qu'emprunte le yogi dans cette vie. Il ne s'agit donc pas d'un karman perso